Médecine nucléaire : observer le fonctionnement des organes et traiter de façon ciblée

La médecine nucléaire utilise des médicaments radioactifs pour explorer le fonctionnement des organes et traiter certaines maladies. Scintigraphie, TEMP et TEP permettent de suivre un traceur dans l’organisme ; les traitements radiopharmaceutiques délivrent, eux, des rayonnements à des tissus ciblés. Cette spécialité complète le scanner, l’IRM et l’échographie, avec des précautions adaptées à chaque examen et à chaque patient.
Un traceur pour voir l’activité biologique, pas seulement l’anatomie
Le principe repose sur l’administration d’un radiopharmaceutique : un radionucléide, c’est-à-dire un élément radioactif, utilisé seul ou associé à un vecteur. Ce dernier oriente le produit vers un organe, un tissu ou une cible moléculaire. Les rayonnements émis permettent ensuite de repérer sa distribution et, selon l’examen, de mesurer une fonction biologique.
On parle de sources radioactives non scellées, car le produit est administré dans l’organisme plutôt qu’enfermé dans un dispositif. En diagnostic, il joue le rôle de traceur : il rend visible une activité comme la perfusion du cœur, le métabolisme osseux ou l’élimination rénale.
Cette approche fonctionnelle et moléculaire répond à une question différente de l’imagerie anatomique. Le scanner précise notamment la forme et la localisation d’une anomalie ; l’imagerie nucléaire renseigne sur son activité. La distinction n’est toutefois pas absolue : l’IRM et l’échographie peuvent également explorer certaines fonctions.
Le traceur peut être comparé à une vigie : il signale un changement d’activité sans en donner, à lui seul, toute l’explication. Une zone qui fixe davantage de produit n’est donc pas automatiquement cancéreuse ; une inflammation peut aussi modifier le signal. Le médecin confronte cette alerte au dossier, aux symptômes et aux autres images pour lui donner un sens.
La discipline s’est développée avec les isotopes artificiels, découverts en 1934 par Frédéric et Irène Joliot-Curie, puis avec des instruments comme la première gamma-caméra, développée en 1957 par Hal Anger.
Scintigraphie, TEMP et TEP : des techniques complémentaires
Le choix ne dépend pas d’une hiérarchie entre appareils, mais de la question médicale et du traceur adapté. Certaines explorations suivent une fonction dans le temps ; d’autres reconstruisent la répartition du produit en trois dimensions.

| Technique | Principe | Information recherchée |
|---|---|---|
| Scintigraphie | Détection des photons gamma par une gamma-caméra | Répartition du traceur en images planes ou évolution d’une fonction en acquisition dynamique |
| TEMP ou SPECT | Rotation de la gamma-caméra autour du patient | Reconstruction tridimensionnelle de la fixation |
| TEP ou PET | Détection en coïncidence de photons issus de l’annihilation positon-électron | Cartographie et quantification d’une activité métabolique ou moléculaire |
| Scanner | Rayons X | Anatomie, localisation et structure des anomalies |
| IRM | Champ magnétique et ondes radio | Caractérisation des tissus, avec certaines explorations fonctionnelles |
| Échographie | Ultrasons | Observation des organes et, avec le Doppler, des flux sanguins |
En TEMP, la caméra peut tourner sur 180 ou 360 degrés. En TEP, les deux photons détectés ont chacun une énergie de 511 keV. Ces différences physiques expliquent l’emploi d’équipements et de radiopharmaceutiques distincts.
L’imagerie hybride associe les informations : TEMP/TDM, TEP-scanner ou TEP-IRM superposent la carte fonctionnelle aux repères anatomiques. Cela aide à situer précisément une fixation et à l’interpréter. Le scanner associé peut servir au repérage ou constituer une exploration diagnostique plus complète, selon le protocole.
Des indications qui dépassent largement le cancer
En oncologie, la médecine nucléaire contribue à caractériser certaines lésions, rechercher leur extension et évaluer la réponse au traitement. Tous les cancers ne fixent pas les mêmes traceurs : le produit est choisi selon la maladie et l’objectif clinique. Une scintigraphie osseuse peut notamment être prescrite pour rechercher des métastases osseuses.
Les autres applications concernent de nombreuses spécialités :
- Cardiologie : évaluation de la perfusion myocardique, notamment pour rechercher une insuffisance d’apport sanguin au muscle cardiaque.
- Endocrinologie : exploration du fonctionnement thyroïdien et de certaines hyperthyroïdies.
- Pneumologie : étude de la ventilation et de la perfusion pulmonaires dans la recherche d’une embolie pulmonaire.
- Néphrologie : mesure de la contribution de chaque rein et étude de l’évacuation des urines.
- Neurologie : aide au diagnostic de certaines maladies neurodégénératives ou de syndromes parkinsoniens, dans des indications précises.
- Gastro-entérologie et infectiologie : étude de la vidange gastrique, du transit biliaire ou recherche de certains foyers infectieux.
L’examen est généralement demandé par le médecin qui suit le patient. Le médecin nucléaire vérifie sa pertinence, adapte le protocole et interprète les résultats avec les informations cliniques. Une image isolée ne remplace pas cette analyse médicale.
Le rendez-vous : préparation, attente et acquisition des images
La préparation varie fortement d’un examen à l’autre. Un jeûne peut être nécessaire, certains efforts doivent parfois être évités et des traitements peuvent influencer le résultat. N’interrompez aucun médicament sans consigne médicale. Signalez un diabète, une insuffisance rénale, une grossesse possible ou un allaitement dès la prise de rendez-vous.
Apportez l’ordonnance, vos examens antérieurs et la liste de vos traitements. Vérifiez auprès du service le temps total à prévoir : l’acquisition des images ne représente qu’une partie du rendez-vous.
- Accueil et vérification : l’équipe confirme l’indication, les antécédents et les consignes de préparation.
- Administration : le radiopharmaceutique est injecté dans une veine, ingéré ou inhalé selon l’exploration.
- Distribution du traceur : une attente permet au produit d’atteindre sa cible ; certaines acquisitions commencent immédiatement.
- Images : le patient reste immobile pendant que la caméra enregistre les rayonnements. Des acquisitions complémentaires sont parfois nécessaires.
La détection elle-même est indolore ; l’injection peut occasionner une gêne comparable à une prise de sang. Signalez une douleur ou une difficulté à rester allongé pour que l’équipe adapte votre installation.
Après l’examen, suivez les recommandations écrites concernant l’hydratation, les toilettes et les contacts avec l’entourage. Leur durée dépend du produit administré. Le compte rendu est établi par le médecin nucléaire ; demandez au service quand et comment il sera transmis.
Traiter avec la radioactivité et encadrer les risques
Une action thérapeutique dirigée vers une cible
La radiothérapie interne vectorisée délivre des rayonnements à des cellules ciblées grâce à un radiopharmaceutique. L’iode radioactif est notamment utilisé pour certaines hyperthyroïdies et certains cancers thyroïdiens. D’autres traitements concernent des cancers sélectionnés selon leurs caractéristiques moléculaires. La radioembolisation hépatique apporte, elle, des microsphères radioactives par voie artérielle.
L’approche théranostique relie diagnostic et traitement : l’imagerie vérifie la présence d’une cible susceptible d’être traitée, puis un radiopharmaceutique thérapeutique adapté peut être proposé. Cette stratégie ne convient pas à tous les patients et relève d’une décision spécialisée, souvent pluridisciplinaire.
Des précautions proportionnées au produit et au patient
En imagerie, l’activité administrée est ajustée pour obtenir une information utile en limitant l’exposition. Le risque lié aux rayonnements ionisants n’est pas nul : l’examen doit être justifié par le bénéfice attendu. La radioactivité diminue avec la décroissance du radionucléide et son élimination biologique.
Les réactions aux radiopharmaceutiques diagnostiques sont rares. Un produit de contraste éventuellement utilisé pour le scanner associé présente des précautions distinctes. En traitement, les effets indésirables dépendent du produit, de l’activité administrée et des organes exposés ; une surveillance spécifique est nécessaire.
Grossesse et allaitement exigent une évaluation préalable. Un examen peut être reporté ou adapté ; l’allaitement peut nécessiter une interruption dont la durée dépend du radiopharmaceutique. Chez l’enfant ou en cas d’insuffisance rénale, le protocole est également individualisé. Les consignes du service priment toujours sur une recommandation générale.