Maladie de Gilbert : une jaunisse intermittente, généralement bénigne

Maladie de Gilbert : une jaunisse intermittente, généralement bénigne

La maladie de Gilbert, aussi appelée syndrome de Gilbert, passe souvent inaperçue. Son signe le plus caractéristique est une jaunisse légère et intermittente, surtout visible dans le blanc des yeux. Elle est généralement bénigne, mais toute coloration jaune nouvelle ou inhabituelle doit être évaluée pour écarter une autre cause.

Les symptômes de la maladie de Gilbert : souvent discrets, parfois absents

Le syndrome de Gilbert est une anomalie génétique du métabolisme de la bilirubine. De nombreuses personnes ne ressentent aucun symptôme et découvrent une bilirubine élevée par hasard, lors d’un bilan sanguin. Lorsque des manifestations apparaissent, elles évoluent souvent par épisodes. Elles peuvent disparaître pendant longtemps, puis revenir dans certaines circonstances.

Quiz : Comprendre le syndrome de Gilbert

Une jaunisse légère, d’abord visible dans les yeux

L’ictère, c’est-à-dire la coloration jaune de la peau ou des muqueuses, est le principal symptôme. Dans le syndrome de Gilbert, il reste souvent modéré et se remarque plus facilement au niveau des conjonctives, le blanc des yeux, qu’au niveau de la peau. La teinte peut être plus visible à la lumière du jour ou sur une peau claire, sans traduire nécessairement une atteinte du foie.

Cette jaunisse n’est pas constante. Elle peut être si discrète que l’entourage ne la remarque pas. Chez certaines personnes, elle est la seule manifestation du syndrome. Une coloration jaune intense, persistante ou associée à d’autres symptômes ne doit toutefois pas être attribuée d’emblée à la maladie de Gilbert.

Fatigue et inconfort : des signes possibles, mais non spécifiques

Une fatigue, parfois décrite comme une asthénie, peut apparaître pendant un épisode. Elle n’est cependant ni systématique ni propre au syndrome de Gilbert. Un manque de sommeil, une infection, le stress ou une alimentation insuffisante peuvent l’expliquer à eux seuls. Des nausées, une gêne digestive ou des douleurs abdominales sont parfois rapportées, mais ces manifestations ne permettent pas, à elles seules, de poser le diagnostic.

Manifestation Ce qu’elle évoque dans le syndrome de Gilbert Attitude utile
Blanc des yeux légèrement jaune Manifestation typique, souvent transitoire Noter le contexte et en parler au médecin si le signe est nouveau
Fatigue passagère Possible, mais non spécifique Rechercher un manque de repos, une infection ou une déshydratation
Urines très foncées ou selles pâles Peu compatible avec un syndrome de Gilbert isolé Consulter rapidement
Douleur importante ou fièvre Non typique Demander un avis médical sans attendre

Pourquoi la bilirubine augmente sans que le foie soit malade

La bilirubine est un pigment produit notamment lors du renouvellement normal des globules rouges. Elle circule d’abord sous une forme dite non conjuguée, ou indirecte. Le foie la transforme ensuite en bilirubine conjuguée, soluble dans l’eau, pour permettre son élimination par la bile.

Infographie sur les symptômes de la maladie de Gilbert et le parcours de la bilirubine
Infographie sur les symptômes de la maladie de Gilbert et le parcours de la bilirubine

Dans la maladie de Gilbert, l’activité de l’enzyme UGT1A1, aussi appelée UDP-glucuronosyltransférase ou glucuronyltransférase, est diminuée. La transformation est donc moins efficace. Une partie de la bilirubine non conjuguée s’accumule temporairement dans le sang et peut provoquer l’ictère. L’activité enzymatique est estimée à environ 20 à 30 % de l’activité normale.

On peut comparer le fonctionnement du foie à une chaîne de traitement. Les pigments issus du renouvellement cellulaire y sont transformés, rendus solubles puis dirigés vers la bile. Dans le syndrome de Gilbert, cette étape n’est pas interrompue, mais ralentie. Cette différence explique qu’une prise de sang puisse révéler une anomalie sans que le foie soit abîmé ni que les voies biliaires soient obstruées.

La bilirubine non conjuguée se situe généralement entre 20 et 60 µmol/L. En dehors de cette élévation, le bilan hépatique est habituellement normal. Les transaminases et les autres marqueurs de la fonction hépatique ne suggèrent alors pas de maladie du foie.

Jeûne, stress, infection : ce qui favorise une poussée

Les symptômes de la maladie de Gilbert dépendent en partie du contexte. Une hausse transitoire de la bilirubine peut survenir lorsque l’organisme est davantage sollicité. Cela ne signifie pas que le syndrome s’aggrave, mais peut expliquer pourquoi les yeux paraissent plus jaunes à certains moments.

  • Le jeûne prolongé ou le fait de sauter plusieurs repas ;
  • La déshydratation, notamment en cas de chaleur, de diarrhée ou d’effort ;
  • La fatigue et le manque de sommeil ;
  • Le stress physique ou émotionnel ;
  • Une infection ou un épisode fébrile ;
  • Un exercice physique intense, surtout lorsque les apports en eau et en nourriture sont insuffisants.

Le syndrome de Gilbert n’impose pas de régime strict. L’objectif est surtout de conserver une alimentation régulière, adaptée à ses besoins, et de boire suffisamment. Éviter les restrictions alimentaires brutales est généralement plus utile que supprimer un aliment précis. Une activité physique habituelle reste possible. Après un effort soutenu, il est simplement préférable de prévoir une récupération suffisante, une bonne hydratation et un repas adapté.

Comment le diagnostic est confirmé et ce qu’il faut écarter

Le diagnostic repose sur l’échange avec le médecin, l’examen clinique et les analyses sanguines. Le tableau évocateur associe une élévation isolée de la bilirubine non conjuguée, des examens hépatiques généralement normaux et l’absence d’argument en faveur d’une destruction anormale des globules rouges, appelée hémolyse.

Le bilan sanguin ne sert pas seulement à constater une bilirubine élevée

Une bilirubine élevée ne suffit pas à conclure à un syndrome de Gilbert. Le médecin examine la fraction directe et indirecte de la bilirubine, les transaminases et les phosphatases alcalines. Selon la situation, il recherche aussi des éléments orientant vers une hémolyse, comme une anémie ou une diminution de l’haptoglobine. L’histoire des épisodes, les traitements pris et les éventuels antécédents familiaux complètent l’évaluation.

Un test génétique peut être envisagé dans certaines situations, mais il est exceptionnellement nécessaire lorsque les signes cliniques et les résultats biologiques sont typiques. Certains médicaments, notamment l’atazanavir, l’indinavir et le gemfibrozil, peuvent inhiber l’UDP-glucuronosyltransférase et augmenter la bilirubine. Il faut donc signaler tous ses traitements, y compris ceux commencés récemment.

Différencier le syndrome de Gilbert d’une autre jaunisse

Le syndrome de Gilbert ne provoque habituellement ni inflammation du foie ni obstruction des voies biliaires. À l’inverse, une hépatite, une cholestase, un calcul biliaire ou une hémolyse peuvent modifier d’autres paramètres biologiques et s’accompagner de signes plus marqués. La maladie de Crigler-Najjar fait aussi partie des causes rares d’hyperbilirubinémie non conjuguée. Son expression est différente et nécessite une prise en charge spécialisée.

Une affection bénigne, mais des signaux à ne pas banaliser

Le syndrome de Gilbert est généralement considéré comme bénin. Il n’entraîne habituellement pas de lésion hépatique, n’est pas contagieux et ne nécessite pas de traitement spécifique. Après confirmation du diagnostic, la prise en charge consiste surtout à connaître ses facteurs déclenchants, à éviter le jeûne prolongé et à ne pas s’alarmer devant une poussée légère déjà identifiée.

Il faut en revanche consulter si la jaunisse apparaît pour la première fois, devient importante ou persiste. Un avis médical est également nécessaire si elle s’accompagne de douleurs abdominales marquées, de fièvre, de vomissements, de démangeaisons généralisées, d’urines foncées, de selles très pâles, d’une perte de poids ou d’une altération de l’état général. Ces manifestations ne sont pas typiques de la maladie de Gilbert et justifient un bilan.

En cas de doute, le médecin traitant peut vérifier le bilan sanguin et déterminer si un avis spécialisé est nécessaire. Cette démarche permet de distinguer une hyperbilirubinémie bénigne d’une autre cause de jaunisse et de mieux comprendre les épisodes récurrents.